RECITAL CLASSIQUE 2007 - Eglise de St Julien le Petit
Par Marco, lundi 20 août 2007 à 21:53 :: Concert :: #7 :: rss
Louise CHIRINIAN, violoncelle
Marc-henri LAMANDE, piano
Au programme des oeuvres de BACH, MENDELSOHN, BRAHMS, CHOPIN, RACHMANINOV...
Quelle émotion de voir entrer un piano à queue dans l'église de mon enfance ! Je prenais mon petit vélo et parcourais en hâte le gros kilomètre qui sépare St Julien le Petit de Barbaroux, ça gravillonnait en descendant sur le parvis, je freinais du pied, dérapais un peu et c'était marrant. J'abandonnais ma monture contre le muret : la paix pouvait commencer. J'entrais toujours par la porte du fond. Je voyais ainsi toute la nef d'un coup. Les pas sonnaient humides sur les dalles et j'avançais lentement. Il y avait l'harmonium sur la droite. Je le regardais comme pour lui dire : "A tout à l'heure!"
J'avançais jusqu'à l'autel de bois peint qui a disparu aujourd'hui, m'agenouillais et faisais un signe de croix... Je racontais à cet homme mes vues sur la vie, mes projets, je parlais aussi des siens dans cet humide silence. C'était mon pote, trahi aussi.

Mais ce soir j'ai plus de cinquante ans, je suis avec ma femme Louise, l'harmonium a disparu, j'ai beaucoup travaillé ces quarante dernières années, mon vélo est dans les arbres, le public est venu nombreux, le piano qui a accompagné toute ma vie va chanter, et la femme au violoncelle qui a accompagné ma vie va vibrer, pour les personnes et pour cette campagne...

L'église est pleine, il passe quelque chose. Je commence par un prélude de Bach, celui qui termine le monologue de Céline quand il quitte son fauteuil pour partir de ce monde alors que sa femme donne un cours de danse au premier étage de la maison, en fa mineur, très lent, très vitrail : je me sens à l'aise tout de suite, le son entre dans les doigts, les bras ne pèsent pas, je vois le grain du son et je peux le prévoir. J'avance. Je joue depuis vingt minutes déjà. Des applaudissements sont venus, je crois, par plaques...

Puis Louise est entrée, un lys portant une amande, souriante et simple, s'accordant longuement, essuyant les cordes, rajustant sa chaise, respirant, prenant de l'intérieur un long élan pour phraser le prélude en sol, celui que j'aime tant, puis l'allemande...

J'avançais jusqu'à l'autel de bois peint qui a disparu aujourd'hui, m'agenouillais et faisais un signe de croix... Je racontais à cet homme mes vues sur la vie, mes projets, je parlais aussi des siens dans cet humide silence. C'était mon pote, trahi aussi.

Mais ce soir j'ai plus de cinquante ans, je suis avec ma femme Louise, l'harmonium a disparu, j'ai beaucoup travaillé ces quarante dernières années, mon vélo est dans les arbres, le public est venu nombreux, le piano qui a accompagné toute ma vie va chanter, et la femme au violoncelle qui a accompagné ma vie va vibrer, pour les personnes et pour cette campagne...

L'église est pleine, il passe quelque chose. Je commence par un prélude de Bach, celui qui termine le monologue de Céline quand il quitte son fauteuil pour partir de ce monde alors que sa femme donne un cours de danse au premier étage de la maison, en fa mineur, très lent, très vitrail : je me sens à l'aise tout de suite, le son entre dans les doigts, les bras ne pèsent pas, je vois le grain du son et je peux le prévoir. J'avance. Je joue depuis vingt minutes déjà. Des applaudissements sont venus, je crois, par plaques...

Puis Louise est entrée, un lys portant une amande, souriante et simple, s'accordant longuement, essuyant les cordes, rajustant sa chaise, respirant, prenant de l'intérieur un long élan pour phraser le prélude en sol, celui que j'aime tant, puis l'allemande...

Commentaires
1. Le dimanche 16 septembre 2007 à 12:55, par julien
2. Le lundi 10 décembre 2007 à 23:55, par KARINE
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